La Petite Renarde Rusée

Opéra en 3 actes
de Leos Janacek (1854/1928)
Création le 6 novembre 1924 à Brno

Opéra Junior
Jeune Opéra

Orchestre National de Montpellier Languedoc Roussillon

Coproduction
Opéra Junior / Opéra et Orchestre National de Montpellier Languedoc Roussillon

Bande dessinée publiée en feuilleton dans le journal Lidové Noviny, l'histoire de la petite renarde rusée enchante le compositeur tchèque Leos Janacek, au point de lui faire écrire, au soir de sa vie, cet ouvrage plein de poules, insectes, chien, qui conte les aventures d'une renarde

C'est un conte féerique pour enfants qui en fait cache un drame philosophique. Il y a toujours une leçon de vérité parfois très crue (mais jamais amère) sous la douceur d'une nouvelle musicale campagnarde. 

Janacek est à la fois trop cultivé et trop exigeant pour céder au décoratif ou au complaisant. La Petite Renarde rusée est une légende naïve et tendre où la mort revêt une place centrale: le compositeur y a déposé, sa vision finalement apaisée de la vie.

 

L'Histoire

Un garde-chasse s'empare d'une renarde et veut en faire un animal domestique comme un autre. Bien entendu, il n'y arrive pas et la petite renarde ne tarde pas à s'échapper.

Elle court dans les bois, batifole et...tombe amoureuse d'un renard. Ils se marient et ont beaucoup de petits renardeaux jusqu'au jour où la petite renarde tombe sous les balles d'un chasseur.

 

 

Le propos

La Petite Renarde incarne le dialogue des forces contraires: bien et mal sont associés. Elle tue, égorge mais elle éprouve aussi de la compassion, elle réfléchit: elle est capable de conscience humaine. A contrario du feuilleton paru dans la presse (et qu'il a remarqué puis utilisé comme source de son opéra), Janacek réécrit l'histoire et organise la mort de son héroïne: il fait du conte pour enfants, une action grave et touchante.

Du reste, Janacek a pris l'habitude de "tuer" chacune de ses héroïnes : Katia Kabanova (1919-21), la Petite Renarde donc (1921-1923), l'Affaire Makropoulos (1923-1925)...
Ainsi la mort de la Renarde n'est pas le moment fort de l'action. Sa disparition est emportée dans le train familier de l'existence, dans ce cycle éternel d'une Nature mystérieuse dont le retour réglé du printemps après l'hiver, rétablit la constance miraculeuse. 

Au final, seul, accablé mais possédé par l'idée de la magie et de la féerie, le vieux garde-chasse retrouve le motif de la forêt comme un bain de régénération : l'homme est en quête d'un accord silencieux et permanent avec la nature. Porteur de drame comme de renouveau, le cycle naturel emporte tous les êtres, humains et bêtes. Le sentiment d'espoir adoucit cette philosophie réaliste: dans le dernier tableau de l'opéra, le garde-chasse croit apercevoir la petite renarde rusée qu'il a connu, ou bien serait-ce l'un de ses petits?

Ce qui importe, c'est la signification du symbole que représente la Renarde. A la fois énergie du vital et instance animale, la petite renarde qui d'ailleurs possède un prénom comme un être humain, Bystrouska, offre une métaphore éloquente du vivant. Elle est la clé qui donne le sens et l'unité à ce qui ne peut être qu'une succession de tableaux décousus, en apparence hétérogènes.

Aucun autre opéra de Janacek ne développe autant d'intermèdes, et de pauses instrumentales que La Petite Renarde Rusée. Le compositeur enveloppe, caresse: il saisit tout ce que le drame exprime, au delà du sujet et de ses lectures anecdotiques.